Industrie regionale

Stratégie industrielle moderne du Royaume-Uni : comment la fabrication avancée redéfinira la compétitivité en 2035

Le gouvernement britannique a publié un plan pour le secteur de la fabrication avancée, visant à doubler les investissements des entreprises pour atteindre 39 milliards de livres sterling d'ici 2035, en mettant l'accent sur six industries de pointe, afin de redonner de la compétitivité au secteur manufacturier grâce à l'énergie, au financement, aux clusters régionaux et aux compétences.

Stratégie industrielle moderne du Royaume-Uni : comment la fabrication avancée redéfinira la compétitivité à l’horizon 2035

En avril 2025, le gouvernement britannique a officiellement publié le plan sectoriel de la fabrication avancée (Advanced Manufacturing Sector Plan), qui vise à faire du Royaume-Uni la première destination mondiale d’investissement dans la fabrication avancée d’ici 2035, et à faire passer les investissements commerciaux annuels dans ce secteur de 21 à 39 milliards de livres sterling, soit presque un doublement. Ce plan est le premier document sectoriel majeur de la stratégie industrielle moderne (Modern Industrial Strategy) lancée l’année dernière, et sa portée dépasse de loin une simple mise à jour politique — il marque le passage du Royaume-Uni d’une politique défensive post-désindustrialisation à une réindustrialisation proactive fondée sur l’innovation technologique et les industries de pointe.

D’une approche transversale à une concentration sur les secteurs de pointe : le changement de paradigme de la stratégie industrielle

La politique industrielle britannique a longtemps oscillé entre « intervention horizontale » et « choix vertical ». Le livre blanc sur la stratégie industrielle de 2017 proposait certes des « grands défis », mais les aides étaient dispersées ; la stratégie d’innovation de 2021 mettait l’accent sur la R&D, mais manquait de lien avec le déploiement manufacturier. Le changement le plus important du nouveau plan sectoriel réside dans le fait qu’il concentre clairement les ressources sur six « secteurs de pointe » : l’automobile, les batteries, l’aérospatiale, le spatial, les matériaux avancés et l’agrotechnologie. Chaque secteur s’est vu fixer des montants de financement et des indicateurs clés de performance. Par exemple, le secteur automobile recevra 2 milliards de livres sterling de capital et de soutien à la R&D dans le cadre du projet DRIVE35, avec pour objectif de porter la production à plus de 1,3 million d’unités d’ici 2035 ; le programme de l’Institut de technologie aérospatiale est prolongé jusqu’en 2035, avec un financement de 2,3 milliards de livres sterling.

Cette stratégie de concentration s’inscrit dans la tendance dominante des politiques industrielles internationales. La loi américaine sur les puces et la science (CHIPS and Science Act), le règlement européen sur les matières premières critiques et le Net-Zero Industry Act de l’Union européenne adoptent tous des « politiques industrielles sélectives » similaires. En réduisant les industries stratégiques émergentes à quelques domaines où elle dispose déjà d’avantages comparatifs, le Royaume-Uni cherche à éviter la dilution des ressources et à créer un récit de croissance reproductible.

Coûts de l’énergie : le talon d’Achille de la compétitivité manufacturière

La partie la plus opérationnelle du plan concerne la réforme des coûts de l’énergie pour les industries manufacturières à forte intensité énergétique. Les prix de l’électricité industrielle au Royaume-Uni sont depuis longtemps nettement plus élevés que dans l’Union européenne, un désavantage structurel qui érode les marges de secteurs tels que l’acier, la chimie et la céramique. Le nouveau dispositif britannique de compétitivité industrielle (British Industrial Competitiveness Scheme) réduira, à partir de 2027 et jusqu’en 2030, les coûts de l’électricité d’environ 35 à 40 livres sterling par mégawattheure pour les fabricants les plus énergivores, tout en augmentant de 90 % la compensation des coûts de réseau. Parallèlement, le renforcement du « superchargeur industriel britannique » (British Industry Supercharger), le service d’accélération des raccordements au réseau (Connections Accelerator Service) et l’extension des accords d’achat d’électricité d’entreprise (PPA) visent tous à réduire, au niveau systémique, les coûts énergétiques de l’industrie manufacturière.La combinaison de la politique énergétique et de la résilience des chaînes d’approvisionnement mérite l’attention. Le plan s’engage à publier une stratégie sur les minéraux critiques et une stratégie sur l’acier, et à suivre la résilience des chaînes d’approvisionnement clés via le nouveau Centre des chaînes d’approvisionnement (Supply Chain Centre). Cela montre que le Royaume-Uni a pris conscience que la renaissance manufacturière ne dépend pas seulement de la politique intérieure, mais aussi d’une sécurisation dans la compétition mondiale pour les ressources.

Marchés de capitaux et « vallée de la mort » : la refonte de l’architecture du financement

Depuis longtemps, le Royaume-Uni possède une base scientifique de premier plan mondial dans ses dépenses de R&D, mais son efficacité en matière de commercialisation reste inférieure à celle des États-Unis et de la Chine. Le nouveau plan tente de combler la « vallée de la mort » entre le laboratoire et l’usine grâce à des instruments de capital à plusieurs niveaux. Le Fonds national de richesse (National Wealth Fund) mobilise 27,8 milliards de livres sterling de capital public pour lever l’investissement privé ; la British Business Bank s’engage à hauteur de 4 milliards de livres sterling en « capital de croissance pour la stratégie industrielle », dont des chèques en capital propres de 40 à 60 millions de livres sterling par opération pour les entreprises à forte intensité de capital ; UK Export Finance apporte 80 milliards de livres sterling de soutien au crédit à l’exportation et ajoute de nouvelles garanties de prêts aux fournisseurs nationaux au sein des chaînes d’exportation.

Ces outils font écho aux financements de la R&D. Le plan prévoit jusqu’à 4,3 milliards de livres sterling pour la fabrication avancée, dont 2,8 milliards consacrés à des projets de R&D sur cinq ans, incluant l’extension du programme « Made Smarter », 99 millions de livres sterling pour soutenir l’adoption de technologies par les PME, ainsi que la création d’un réseau de centres d’adoption de robots doté de 40 millions de livres sterling. Cette combinaison de « capital d’amorçage public + capital patient + garanties à l’exportation » tente de remédier au mal chronique d’un système financier britannique trop impatient vis-à-vis de l’industrie manufacturière.

Clusters régionaux et agenda « levelling up » : reconstruire l’économie locale grâce à l’industrie manufacturière

Une autre particularité de ce plan réside dans sa forte dimension régionale. 84 % des emplois manufacturiers se situent en dehors de Londres et du Sud-Est, ce qui fait de la fabrication avancée un levier central du rééquilibrage régional (Levelling Up) du Royaume-Uni. Le gouvernement a annoncé un financement de 160 millions de livres sterling sur dix ans pour chaque zone d’investissement dans la fabrication avancée (Investment Zone), des projets pilotes de clusters de chaînes d’approvisionnement pour véhicules électriques dans le Nord-Est et les West Midlands, ainsi que la préparation de terrains pour les grands projets via l’accélérateur de sites stratégiques (Strategic Sites Accelerator).Des clusters spatiaux et aérospatiaux de la Central Belt aux industries automobile, batteries et spatiales du Nord-Est, en passant par l'automobile et l'agritech des West Midlands, l'aéronautique et les matériaux avancés du Yorkshire du Sud, ainsi que les pôles industriels de l'agglomération de Belfast, le plan tente de transformer les atouts locaux dispersés en piliers stratégiques nationaux. Cette approche « du local au national » est similaire à la stratégie des « clusters industriels » de l'Union européenne, mais elle met davantage l'accent sur les autorités combinées des maires (Mayoral Combined Authorities) comme levier. Toutefois, les disparités dans les capacités d'exécution locales pourraient constituer le principal facteur d'incertitude dans la mise en œuvre du plan.

La logique de sélection des secteurs de pointe : ce que le Royaume-Uni sait faire, et peut faire à la pointe mondiale

Le choix des six secteurs de pointe n'est pas le fruit du hasard. Dans l'automobile, le Royaume-Uni dispose d'une ingénierie de niveau F1 et d'une R&D en électrification parmi les plus avancées au monde ; dans les batteries, le programme Faraday d'innovation sur les batteries (Battery Innovation Programme) a été doté de 452 millions de livres sterling jusqu'en 2030, avec l'objectif d'atteindre 23 à 27 gigawatts de stockage sur le réseau électrique d'ici 2030 ; dans l'aérospatiale, le cycle de renouvellement des avions monocouloirs ultra-efficaces offre des opportunités à la chaîne d'approvisionnement britannique ; dans le spatial, le Royaume-Uni vise cinq axes de capacités, notamment les communications par satellite et les services en orbite ; les matériaux avancés répondent à la double demande de la défense et des énergies propres ; l'agritech est quant à elle au service de la filière agroalimentaire britannique, évaluée à 147 milliards de livres sterling.

Tous ces secteurs présentent les caractéristiques « à forte intensité de connaissances + forte valeur ajoutée + croissance de la demande mondiale ». Mais le risque est que chaque secteur soit confronté à une concurrence internationale : l'automobile face à l'essor des véhicules électriques chinois, les batteries face au monopole technologique sino-américain, l'aérospatiale face au verrouillage de la chaîne d'approvisionnement par Airbus et Boeing. L'avantage comparatif du Royaume-Uni réside dans sa recherche fondamentale, sa capacité de définition des règles et son statut de centre financier, mais il reste incertain de savoir s'il pourra le transformer en avantage de fabrication à grande échelle.

Risques d'exécution : continuité des politiques, efficacité bureaucratique et déficit de compétences

Le plus grand défi du plan réside dans sa mise en œuvre. La nouvelle stratégie désigne nommément les hauts responsables de chaque volet d'action et est supervisée par le comité de stratégie industrielle au moyen de six indicateurs clés (exportations, investissement des entreprises, valeur ajoutée brute, croissance de la productivité, revenus du travail, nombre de grandes entreprises locales). Cependant, l'incertitude du cycle politique britannique pourrait affecter la continuité des politiques. Depuis 2016, le Royaume-Uni a connu cinq Premiers ministres et six ministres du Commerce ; la stratégie industrielle a été révisée à plusieurs reprises, et ces revirements ont érodé la confiance des entreprises dans leurs investissements à long terme.

Par ailleurs, le déficit de compétences reste un frein majeur à l'expansion de l'industrie manufacturière. Bien que le plan s'engage à investir plus de 100 millions de livres sterling dans les compétences en ingénierie, à raccourcir la durée des apprentissages et à créer un « programme de montée en compétences et de reconversion », les pénuries de compétences auxquelles le secteur manufacturier est confronté chaque année dépassent probablement de loin ce que les financements actuels peuvent couvrir. La part des femmes dans le secteur manufacturier est relativement faible ; le plan fixe un objectif de 35 % d'ici 2035, ce qui nécessitera un changement culturel.

Conclusion : une piste plus dégagée, mais l'avion doit atterrir tout seulPour les entreprises et les investisseurs, la plus grande valeur de ce plan sectoriel réside dans la prévisibilité et le cap qu'il offre : les coûts de l'énergie devraient suivre une tendance à la baisse, les instruments de financement seront plus diversifiés et les politiques régionales mieux ciblées. Il tisse politiques publiques, capitaux privés et besoins industriels dans un « récit de croissance ». Mais l'ampleur même de la stratégie constitue aussi un risque — six secteurs de pointe, des dizaines d'instruments politiques : sans hiérarchisation des priorités ni coordination interministérielle, on pourrait bien se retrouver dans une situation où « il y a de tout, mais rien de vraiment solide ».

Comme le laisse entendre le plan, le gouvernement a déjà aménagé une piste plus lisse pour l'industrie manufacturière avancée, mais le véritable décollage exigera toujours des entreprises elles-mêmes qu'elles renouvellent leurs technologies, intègrent leurs chaînes d'approvisionnement et conquièrent les marchés mondiaux. Le Royaume-Uni parviendra-t-il à doubler ses investissements des entreprises d'ici à 2035, comme il l'espère ? La réponse dépendra, au cours des dix prochaines années, de la stabilité des politiques publiques, de l'évolution des prix de l'énergie, de la reprise de la demande mondiale et des changements géopolitiques. La seule certitude est la suivante : l'industrie manufacturière avancée est devenue le cœur absolu de la stratégie industrielle britannique, ce qui constitue en soi un profond changement de cap.

(Cette analyse s'appuie sur le Plan sectoriel pour l'industrie manufacturière avancée publié par le gouvernement britannique en avril 2025 et sur des informations publiques ; elle ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.)

Note d’usage · ukindustrywire

ukindustrywire replace cette note dans UK Industry Wire publie des analyses et des briefings multilingues.; les Liens sources doivent être ouverts avant de reprendre le résumé. Briefing industriel / Industrie manufacturiere britannique / Energie et infrastructure explique l'angle éditorial local: dates, noms et changements de statut restent à vérifier.

Source links

  1. https://bmmagazine.co.uk/in-business/modern-industrial-strategy-advanced-manufacturing-uk-2035Primary

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